Edito
08H40 - lundi 17 février 2025

Cinq ans après le premier mort du COVID, qui donc a tué ma femme ? L’édito de Michel Taube

 

Parmi les 170 000 morts du COVID en France (et parmi eux mon épouse), 7 millions dans le monde (et il en meurt encore), combien de familles se poseront toute leur vie la question : qui a tué leur conjoint, leur enfant, leur parent, leur ami, leur aimé ? Est-ce le virus lui-même ou est-ce l’échec collectif à gérer cette crise qui a submergé le monde ?

Cinq ans après, les bilans se multiplient. Certains y voient une réussite sanitaire, d’autres un désastre humain et démocratique. Entre gestion erratique, décisions autoritaires et cacophonie scientifique, la pandémie a révélé bien des failles dans nos sociétés modernes. Et pourtant, sommes-nous aujourd’hui mieux préparés à affronter une nouvelle crise sanitaire d’ampleur mondiale ? Clairement, non.

Le premier enseignement que nous tirons de cette crise, c’est qu’aucun pays, pas même les plus puissants, n’était prêt à encaisser un choc d’une telle ampleur. L’Organisation mondiale de la santé, pourtant censée être en première ligne, s’est révélée lente et inefficace, tiraillée entre la Chine, les États-Unis et les grandes puissances pharmaceutiques. Les États ont improvisé des stratégies contradictoires, oscillant entre mesures liberticides et communication anxiogène, sans jamais parvenir à une réponse harmonisée.

L’Union européenne, quant à elle, a d’abord montré son impuissance. Chaque pays a fermé ses frontières, accumulé des stocks de vaccins et de masques dans son coin, et négocié seul ses contrats avec les laboratoires. Ce n’est qu’après des semaines de cafouillage que l’Europe a mis en place un mécanisme de réponse commune, au prix de querelles interminables et d’un endettement historique. Pire, elle a été incapable de produire son propre vaccin, laissant aux États-Unis, à la Chine et à quelques grands laboratoires privés le soin de faire avancer la recherche et la production.

Et la France ? L’État central a failli. Sur le plan sanitaire, nos dirigeants ont alterné entre inaction et mesures brutales. Emmanuel Macron s’est pris pour un médecin de famille, s’érigeant en expert de la pandémie, alors qu’il aurait dû laisser les médecins prendre les décisions avec leurs malades. Les confinements successifs, la surveillance des déplacements, les fermetures aveugles ont traumatisé des millions de Français et paralysé l’économie. L’échec fut aussi logistique : incapacité à fournir des masques, pénurie de respirateurs, hôpitaux débordés… Il a fallu l’intervention des régions et des mairies pour pallier ces lacunes.

Quant à la communauté scientifique, elle est sortie profondément affaiblie de cette crise. Médecins et chercheurs se sont livrés à des guerres d’ego sur les plateaux de télévision, rivalisant de certitudes sur une maladie qu’ils connaissaient à peine.

Tous les médecins de plateau ont allègrement trahi deux articles du serment dHippocrate qui stipulent : « Je […] n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences… » Et plus loin : « Je n’entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. » Les professionnels de santé auraient dû refuser de répondre à des questions des journalistes ou des politiques lorsqu’ils n’étaient pas sûrs de leur réponse ! Et nous vivions tous dans l’ignorance de la maladie, au moins les huit premiers mois de l’épidémie.

La communication chaotique autour du vaccin, des traitements comme l’hydroxychloroquine ou encore des mesures barrières a semé le doute et nourri la défiance. Loin d’unir la population autour d’une stratégie claire et rationnelle, les autorités ont transformé la crise sanitaire en un champ de bataille idéologique où chacun défendait son dogme.

 

Quelle politique de santé publique ?

Alors, quelles leçons tirer de ces cinq années ?

Premièrement, la communication gouvernementale doit être mesurée et transparente. Macron et bien d’autres ont joué les prophètes de l’apocalypse, entretenant la peur pour justifier des mesures excessives. Une gestion rationnelle de la crise aurait permis d’éviter bien des paniques et bien des traumatismes.

Deuxièmement, les mesures de confinement généralisé ont été une erreur. Plutôt que d’enfermer tout un pays, il aurait fallu protéger les personnes les plus fragiles, celles qui présentaient des comorbidités. Mais les associations de retraités, notamment, s’y sont opposées dès le départ, contribuant à alourdir le bilan.

Troisièmement, les scientifiques doivent retrouver leur humilité. Trop souvent, ils ont cédé à la tentation médiatique, brouillant les repères. Leur rôle n’est pas de commenter l’actualité mais de fournir des recommandations fondées sur des données fiables, en évitant les conclusions hâtives et contradictoires.

Quatrièmement, l’approche thérapeutique doit être laissée aux médecins. Chacun aurait dû pouvoir choisir, en accord avec son praticien, entre vaccins, traitements alternatifs, prophylaxie ou immunité naturelle. Ce n’est ni aux chefs d’État ni aux bureaucrates de Bruxelles de décider ce qui est bon pour chaque patient. Dispenser la panoplie des possibles, telle est la ligne directrice qu’auraient dû suivre les professionnels de santé.

Cinquièmement, la question des libertés individuelles a été mal posée. Les restrictions sanitaires ont été brandies comme un épouvantail par certains, alors que la vraie question était celle de leur proportionnalité et de leur efficacité. Isoler les malades a toujours été une réponse logique aux épidémies, mais au XXIe siècle, cela aurait pu être fait de manière intelligente et coordonnée.

Sixièmement, l’Union européenne doit se réveiller. L’incapacité des 27 à produire un vaccin, à organiser une réponse commune dès le début, et à peser face aux géants pharmaceutiques a révélé un manque criant de souveraineté sanitaire.

Septièmement, la France doit impérativement décentraliser sa politique de santé. Face à une crise de cette ampleur, ce sont les régions et les communes qui ont sauvé des vies. L’administration centrale, tétanisée, a empêché de nombreuses PME de participer à l’effort de recherche sur les vaccins. Résultat : la France, patrie de Pasteur, est restée spectatrice.

Huitièmement, la recherche médicale doit être mieux financée et soutenue. L’innovation ne peut pas être laissée aux seuls géants du secteur. Des PME françaises avaient des pistes prometteuses pour un vaccin, mais elles ont été étouffées par des lourdeurs administratives absurdes. Sanofi et l’Institut Pasteur, souvent en rivalités internes et entre eux, ont échoué alors que des start-up, utilisant la recherche la plus avancée auraient pu réussir si les pouvoirs publics leur avaient donné carte blanche.

Neuvièmement, cinq ans après, moins que jamais nous sommes prêts. Une nouvelle pandémie frapperait-elle demain que nous reproduirions les mêmes erreurs. L’OMS reste une organisation bureaucratique, les États continuent de privilégier des stratégies nationales au détriment d’une réponse coordonnée, et les gouvernements sont toujours aussi prompts à gouverner par la peur.

Dixièmement et enfin, la crise du COVID est un échec démocratique patent. Prenons un seul exemple : nous nous souviendrons toujours de cette journée folle de mars 2020 où le Premier ministre Édouard Philippe annonça aux Français que le lendemain soir tous les commerces et les brasseries devaient fermer manu militari mais que les Français devraient aller voter aux élections municipales deux jours plus tard. Cette injonction paradoxale scandaleuse a durablement brisé le lien de confiance entre les Français et leur politique et permis au passage à une douzaine de villes françaises de tomber dans l’escarcelle des écologistes et de l’extrême gauche, les retraités s’étant bien gardés de se rendre dans les urnes en aux élections municipales. Édouard Philippe est responsable avec Emmanuel Macron de ce hold-up démocratique de l’extrême gauche qui a profondément affecté la vie de millions d’habitants de ces villes perdues.

Au final, cette crise a démontré que la santé publique ne peut pas être gérée comme une crise politique. Il faut des règles claires, une organisation efficace et une capacité d’anticipation. Ce n’est pas aux présidents, aux ministres ou aux médias de dicter la médecine.

La prévention est la mère de toutes les batailles sanitaires ! Elle a été et elle est encore le parent pauvre de nos politiques publiques.

Cinq ans après le premier mort du COVID, le monde n’a toujours pas appris. Pire, il a oublié. Jusqu’à la prochaine fois.

 

Michel Taube

Directeur de la publication