
Evence Richard, directeur DMCA du ministère des Armées, Marie-Laure Griffaton et Victorienne Magnen du Musée de l’Air et de l’Espace, Ines Prieto de la Cité de l’espace de Toulouse et présidente de la commission musées et centre scientifiques et techniques de l’International Astronautical Federation.
Les 11 et 12 février 2025, au Cnam, se sont tenu les premières assises de l’histoire spatiale avec comme thème « Histoire et mémoire du spatial : l’enjeu de la conservation et du soutien en France », organisées par l’Institut Français d’Histoire de l’espace (IFHE), le Cnes et le Cnam.
L’IFHE a été créé il y a 25 ans pour sauver la mémoire orale et écrite du secteur spatial. À l’origine, six co-fondateurs : Michel Bignier (1926-2006), André Lebeau (1932-2013), tous deux pionniers du spatial français, Hervé Moulin (1946-2016), Jacques Villain (1947-2016), Albert Ducrocq (1921-2001) et Christian Lardier. Parmi nos membres, deux historiens du spatial français : Philippe Varnoteaux qui a passé sa thèse de doctorat en 2000, et Hervé Moulin qui a passé la sienne en 2012.
L’histoire du spatial, c’est celle des fusées pour atteindre l’espace, des satellites qui sont lancés depuis le premier Spoutnik de 1957, des vols habités depuis 1961, de l’homme sur la Lune en 1969, de l’exploration des planètes du système solaire, etc. Le spatial a déjà un long passé sur lequel se construit, aujourd’hui, l’histoire de demain. Cependant, la mémoire collective est courte : rapidement, tout tombe dans l’oubli ! Et les archives stockées dans les caves et les greniers subissent une trop fréquente destruction. À l’heure où les réseaux sociaux et le contexte géopolitique et culturel favorisent la désinformation et la circulation à grande vitesse de «vérités alternatives», l’histoire a plus que jamais un rôle déterminant à jouer dans la compréhension du passé, du présent et la préparation de l’avenir.

Yves Blin, président de l’IFHE, à l’occasion de l’ouverture de ces premières assises.
Aujourd’hui nous souhaitions réaliser un état des lieux en France afin de provoquer une prise de conscience permettant d’améliorer la situation et d’encourager les travaux historiques. Ce fut l’objet des Assises qui ont rassemblé une centaine de personnes autour de six sessions :
– Construction de la mémoire et la conservation des sources : quelles actions des institutions et des tutelles ? (ESA, Cnes, Service Historique de la Défense).
– L’implication des associations dans la sauvegarde de la mémoire et du patrimoine (ESH et AVAS/Vernon, Airitage pour Aérospatiale et Matra, AASEP pour Safran/Ariane Group).
– Les activités des sociétés savantes (IFHE, 3AF, International Academy of Astronautics, Académie de l’Air et de l’Espace, Aéroclub de France).
– Travaux académiques, approches disciplinaires et orientations historiographiques (Sorbonne, EHESS, Université Jean Jaures de Toulouse).
– Perspectives internationales (département Histoire de la Nasa, Science Museum à Londres, Musée Hermann Oberth en Allemagne, Archives spatiales en Russie).
– Le patrimoine matériel : une problématique spécifique (Musée de l’Air et de l’Epace, commission Musées et centres de culture spatiale de l’IAF, inventaire du patrimoine astronomique/ministère de la Culture).
– Une table ronde sur l’enjeu en formation a réuni Catherine Radtka et Simon Marié du Cnam, Jérome de Lespinois de l’Armée de l’Air et de l’Espace, Céline Calleya du Cnes (au nom de Laurent Deroin). A l’heure où l’Armée de l’air est devenue l’Armée de l’air et de l’Espace, avec un Master spatial à l’Ecole de l’air, où une chaire spatiale a été ouverte à l’Ecole Normale Supérieure (ENS), l’enseignement de l’histoire du spatial n’a jamais été aussi pertinent.
Les actes du colloque seront publiés dans quelques mois. Une seconde édition de ces assises est en discussion avec, peut-être, le thème de la transmission.
Christian Lardier* aux côtés Philippe Jung,
tous deux spécialistes de l’histoire spatiale, académiciens IAA, membres de l’IFHE
*Christian Lardier, auteur de cet article, est adhérent au Cosmos Club de France en 1965, pigiste à Aviation Magazine en 1982/92, chef de la rubrique Espace d’Air & Cosmos en 1994/2012, président de l’IFHE (Institut Français d’Histoire de l’Espace) en 2007/2019, académicien IAA (Académie Internationale d’Astronautique), émerite 3AF (Association Aéronautique et Astronautique de France).