Depuis longtemps, je suis convaincu que l’OTAN n’est plus adaptée au contexte géopolitique actuel. L’Europe doit prendre en main sa propre défense, en partenariat avec les États-Unis, certes, mais sans en dépendre aveuglément.
J’ai souvent débattu de cette question. Jusqu’à récemment, on me rétorquait que l’Europe n’avait ni les moyens ni la structure pour assurer son autonomie militaire. Aujourd’hui, changement de ton : tout le monde parle d’urgence, d’une « Europe de la défense », voire d’une nouvelle CED (Communauté Européenne de la Défense). Mais au-delà des slogans, que fait-on vraiment ?
Pendant 80 ans, les pays occidentaux ont vécu sous le parapluie nucléaire américain. Mais posons-nous la question : les États-Unis auraient-ils réellement pris le risque d’engager leur arsenal nucléaire pour protéger un pays européen, au péril de leur propre sécurité ?
Et est-il acceptable que nous devions encore obtenir leur feu vert pour l’utilisation de l’arme nucléaire, à l’image des Britanniques ? Ce n’est pas le seul problème. De nombreux systèmes de défense que nous utilisons sont soumis aux autorisations américaines, notamment via l’ITAR (International Traffic in Arms Regulations).
Il est devenu impératif que l’Europe se libère de cette dépendance militaire. Le Général de Gaulle l’avait compris bien avant tout le monde : d’où son choix de développer une dissuasion nucléaire indépendante et de sortir de la structure militaire intégrée de l’OTAN. Cette stratégie a permis à la France de concevoir ses propres lanceurs spatiaux et de s’imposer comme la troisième puissance spatiale mondiale.
Hélas, en 2009, la France a fait machine arrière en réintégrant le commandement intégré de l’OTAN. Une erreur stratégique majeure.
Construire une véritable Europe de la défense ? Ce ne sera pas une mince affaire, et c’est un euphémisme. Prenons un exemple criant : huit pays européens, ainsi que la Suisse, ont commandé des F-35 américains. Une dépendance programmée pour 30 ans, tant pour l’entretien que pour l’évolution des systèmes de ces avions. Pourtant, des doutes émergent : l’Allemagne et le Portugal envisagent sérieusement de revoir leurs engagements.
Quand Emmanuel Macron a parlé de la « mort cérébrale de l’OTAN », il a essuyé un tollé général, aussi bien en France qu’en Europe. Mais avec le recul, n’avait-il pas vu juste ? Cela semble se vérifier…
Général Marc Alban
Général de Division Aérienne (2s), ancien pilote de chasse, plus de 5 000 heures de vol sur une dizaine de types d’avions, 2 fois en opération en Afrique, officier de la Légion d’Honneur, médaille de l’aéronautique, médaille d’or de la Sécurité des Vols, ancien Directeur du Musée de l’Air et de l’Espace.