Edito
12H37 - dimanche 23 mars 2025

Avec le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu. L’édito de Michel Taube

 

L’incarcération du maire d’Istanbul est un crime contre la modernité.

Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul depuis 2019, incarne le dernier rempart politique à l’autoritarisme de Recep Tayyip Erdoğan. Ingénieur de formation, social-démocrate au sein du CHP, il a conquis Istanbul contre toute attente, brisant l’hégémonie islamo-conservatrice de l’AKP sur la métropole depuis un quart de siècle. Une victoire hautement symbolique ce ce kémaliste moderniste : qui tient Istanbul tient souvent la Turquie. Mais qui fait trembler Erdoğan finit souvent en prison.

Mercredi 19 mars 2025, Ekrem Imamoglu a été arrêté à l’aube à son domicile, avant d’être placé en garde à vue pendant trois jours, puis transféré au tribunal d’Istanbul sous escorte policière pour qu’un juge de pacotille ordonne son incarcération ce dimanche. Les charges retenues ? « Corruption » et « soutien à une organisation terroriste », en l’occurrence le PKK. Des accusations grotesques, grossièrement politiques, dignes des républiques bananières qu’Erdoğan prétend combattre. En réalité, ce maire populaire et modéré devait être désigné dimanche comme candidat à la présidentielle de 2028. Voilà pourquoi on l’enferme. Voilà pourquoi, depuis quatre jours, Istanbul gronde, résiste, s’enflamme. Car cette ville cosmopolite, carrefour des civilisations, bastion laïc au milieu d’un pays de plus en plus islamisé, est devenue le cœur battant de l’opposition.

Dans cette tragédie politique, la France et l’Europe se doivent de sortir de leur lâcheté. Comment rester silencieux face à l’arrestation arbitraire d’un élu légitime, défenseur de la démocratie, persécuté pour avoir incarné une alternative crédible à un pouvoir islamiste ? Comment fermer les yeux, une fois encore, sur les agissements d’un dictateur qui nous méprise et nous infiltre ?

Car le danger ne s’arrête pas aux frontières turques. Depuis des années, Ankara mène une stratégie d’entrisme auprès des diasporas turques d’Europe occidentale. En France comme en Allemagne, nombre de binationaux franco-turcs votent massivement pour Erdoğan. Peu visibles dans la délinquance ou les attentats, ils sont pourtant nombreux à refuser la laïcité, à imposer le voile à leurs filles, à nourrir une hostilité croissante à l’égard des valeurs républicaines. Sans violence, mais avec constance. Et avec la bénédiction du pouvoir turc.

L’islamisation des mosquées est souvent d’œuvre turque. On le voit notamment dans l’est de la France où vivent de grandes communautés turques à Strasbourg. L’ultra-wokisme de la maire écolo-gauchiste, Madame Jeanne Barseghian, trouve de puissants relais dans la communauté turque.

Sur le plan international, la duplicité d’Erdoğan n’a d’égal que son cynisme. Membre de l’OTAN, il joue les médiateurs en Ukraine tout en achetant des missiles russes. En Syrie, il a armé des groupes islamistes et combattu les Kurdes, nos alliés dans la lutte contre Daech. Il tient tête à l’Europe, pactise avec Poutine, fait chanter l’OTAN et instrumentalise les réfugiés. L’Occident, lâche et dépendant, courbe l’échine.

Le silence de la communauté internationale est d’autant plus dommageable que la mobilisation du peuple d’Istanbul est très puissante : des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblées ces derniers jours devant l’hôtel de ville d’Istanbul, réclamant la libération du maire. Une fois de plus c’est le destin politique de la Turquie qui est en train de se jouer.

La création d’une coalition internationale pour la libération du maire d’Istanbul et le soutien à son élection en 2028 ne serait pas qu’une affaire turque. Son sort nous concerne tous, en Turquie, en Europe, au Moyen-Orient et dans le monde.

L’affaire Imamoglu est un révélateur. Celui d’un pouvoir aux abois, mais aussi d’une communauté internationale complice par son silence. Soutenir Imamoglu, c’est soutenir la liberté, la justice et la modernité. C’est dire non à l’islam politique. C’est, enfin, regarder lucidement la réalité : Erdoğan n’est pas un allié. Il est un danger.

Michel Taube

Directeur de la publication

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