
Une semaine après la première édition de Choose Outre-mer et l’adoption du projet de loi de finances 2027 par le gouvernement, Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer, revient pour Opinion Internationale sur le bilan de Choose Outre-mer, la situation économique des territoires ultramarins, le projet de loi de lutte contre la vie chère et son projet de loi d’orientation et de programmation.
La ministre évoque aussi la nécessité de rassembler le plus tôt possible la droite républicaine.
Propos recueillis par Michel Taube pour Opinion Internationale et Opinion Outre-mer.
Opinion Internationale : Naïma Moutchou, vous l’aviez annoncé dès janvier 2026 comme une de vos priorités à la tête de ce ministère : Choose Outre-mer est un peu votre « bébé ». Quel bilan tirez-vous de cette première édition qui s’est tenue le 1er octobre à la Banque de France à Paris ?
Naïma Moutchou : Une réussite, je crois qu’on peut le dire !
D’abord par la mobilisation. Il y avait beaucoup de monde à la Banque de France, tous les territoires étaient représentés et nous avions réuni, au même endroit, tout l’écosystème économique : des chefs d’entreprise, des investisseurs privés, des élus, des acteurs publics, mais aussi des demandeurs d’emploi.
J’ai tenu à beaucoup circuler pendant la journée, à aller parler aux uns et aux autres. Il y a un mot que j’ai entendu partout : « positif ».
C’est sans doute ce qui m’a le plus marquée. Depuis trop longtemps, quand on parle des Outre-mer, on commence par les difficultés. Elles existent, je les connais, nous les affrontons. Mais nos territoires ne se résument pas à leurs difficultés. Ils ont des atouts, des projets, des entrepreneurs, des talents. Ils ont surtout un potentiel considérable.
Avec Choose Outre-mer, nous avons voulu changer le regard, mais surtout la méthode : mettre autour de la même table ceux qui ont des projets et ceux qui peuvent les financer, ceux qui cherchent un emploi et ceux qui recrutent. Faire des Outre-mer non plus seulement des territoires que l’on soutient, mais des territoires dans lesquels on investit.
Au-delà des annonces, c’est cette dynamique que je retiens. Et maintenant, il faut la prolonger et obtenir des résultats.

Votre « bébé » survivra donc à son initiatrice à la tête du ministère ?
J’en suis convaincue. Choose Outre-mer n’a jamais été conçu comme l’événement d’un jour. Maintenant, ce qui m’intéresse, c’est ce qu’il va produire.
Je me suis engagée à assurer un suivi régulier et très concret. Dès la fin de l’année, nous ferons un premier point, territoire par territoire : quels projets ont avancé ? Lesquels ont été présentés au fonds à impact « Outre-mer One » ? Quels financements ont commencé à se débloquer ? Qu’est-ce qui fonctionne ? Qu’est-ce qui bloque encore ?
Nous regarderons aussi les créations d’entreprises et les emplois générés. C’est la finalité de toute cette démarche.
J’ai voulu dès le départ que Choose Outre-mer ne soit pas un événement parisien. Le job dating s’est tenu à Paris, mais aussi à distance dans les territoires, avec les préfectures, France Travail, l’APEC et les entreprises partenaires.
La suite est déjà là : en mars, nous aurons une première déclinaison en Nouvelle-Calédonie avec Choose New Caledonia.
C’est ainsi que Choose Outre-mer s’installera dans la durée : avec des rendez-vous, des résultats et un suivi.
« Le budget des Outre-mer est préservé et stabilisé »
Venons-en au budget adopté par le gouvernement en conseil des ministres le 1er octobre. À quelle sauce les Outre-mer vont-ils être mangés comme je le suggère dans mon dernier édito ?
Le budget des Outre-mer est préservé et stabilisé sur les dispositifs essentiels. Dans le contexte budgétaire actuel, ce n’est pas rien.
Je pense d’abord au logement, parce que je connais les inquiétudes. Nous maintenons un niveau d’engagement constant par rapport à l’année précédente sur la ligne budgétaire unique consacrée au logement social.
Nous préservons aussi les dispositifs économiques, les mécanismes de défiscalisation et les exonérations de charges sociales.
Il faut mesurer l’effort. L’État doit faire des économies compte tenu du poids de la dette. Dans ce cadre très contraint, le Premier ministre a voulu que les engagements essentiels pour les Outre-mer soient tenus. Nous avons donc préservé les moyens qui permettent de construire, d’investir et de soutenir l’activité. C’est une décision politique importante.
Il y a un autre sujet : la loi sur la vie chère. Vous avez reçu la semaine dernière des parlementaires qui s’enquerraient auprès de vous du processus législatif. Cette loi n’est-elle pas finalement en contradiction avec l’esprit de Choose Outre-mer ? Madame la ministre, cette loi pourra-t-elle être adoptée avant la fin de la mandature et, au fond, le souhaitez-vous ?
Oui, je le souhaite. Et je veux que nous allions au bout.
La vie chère est une préoccupation majeure dans tous les territoires. Quand je me déplace, je vais dans les supermarchés. Je regarde les prix, très concrètement.
Je l’ai encore fait à Saint-Pierre-et-Miquelon il y a quelques jours : un shampoing à 15 euros, une dizaine d’œufs à 20 euros… Ce sont des prix qui pèsent lourdement sur le quotidien des familles.
Il faut donc agir. Et je ne vois aucune contradiction avec Choose Outre-mer. Nous devons faire baisser les prix, mais aussi créer davantage de richesse pour plus de pouvoir d’achat. Ce sont deux réponses complémentaires.
Mais vous savez bien, Madame la ministre, que ce sont des raisons structurelles et non une fantasmagorique illusion de voracité des entreprises qui explique cette vie chère…
Bien sûr. Et vous ne m’entendrez jamais dire que les entreprises ou les grands groupes sont responsables de tout.
Je sais ce qui a pu être dit sur ce sujet. Ce n’est pas ma ligne. Je ne stigmatise pas les entreprises. Au contraire, nous avons besoin d’elles. Ce sont elles qui investissent, créent de l’activité et des emplois.
Mais défendre les entreprises n’interdit pas de regarder comment les prix se forment, où se trouvent les surcoûts et sur quels mécanismes nous pouvons agir. Il faut sortir des caricatures. Mon objectif est simple : faire baisser les prix.
Mais certains considèrent que le texte cède à des caricatures…
C’est précisément tout l’enjeu du travail parlementaire. Le texte n’est pas achevé.
Il va maintenant être travaillé à l’Assemblée nationale. Il y aura des amendements, des débats, puis un travail entre les deux chambres, notamment en commission mixte paritaire.
Je veux un texte équilibré et surtout efficace. Un texte qui obtienne des résultats sans faire des entreprises un adversaire. Ce serait une erreur économique et politique.
Honnêtement, pensez-vous que cela puisse aboutir avant la fin de la mandature ?
Je l’espère, et je vais tout faire pour.
Je n’engage pas un travail de cette ampleur avec, dans un coin de ma tête, l’idée qu’il n’aboutira pas. Sinon, il n’aurait aucun sens.
Je donnerai toutes ses chances à ce texte jusqu’au bout.
« La vie chère est un tel fléau qu’elle ne se réglera pas avec un seul outil »
Mais n’avez-vous pas une autre réponse à la vie chère, avec votre projet de loi de programmation économique, qui paraît davantage correspondre à l’esprit positif de Choose Outre-mer ?
La vie chère est un problème trop profond pour imaginer qu’un seul texte va tout régler.
La loi sur la vie chère doit produire assez rapidement des effets sur les prix. C’est nécessaire. Mais pour agir durablement, il faut aussi s’attaquer aux causes structurelles.
Il faut davantage d’activité économique dans les territoires par le capital privé, pour sortir de la dépendance aux crédits bancaires et aux dépenses publiques.
La richesse ne tombe pas du ciel. Elle est d’abord créée par les entreprises. C’est une conviction que j’assume et c’est toute la logique de Choose Outre-mer : nous continuerons à soutenir les territoires, mais nous devons aussi investir, produire et créer davantage.
Et puis il y a le projet de loi d’orientation et de programmation sur lequel je travaille également. Je veux le construire territoire par territoire, parce que les besoins ne sont pas les mêmes partout. Il faut identifier les secteurs sur lesquels chacun peut se développer, lever les freins aux projets et aux investissements, et donner de la visibilité dans le temps.
Présidentielle : « Je ferai tout pour appeler au rassemblement »
Naïma Moutchou sera-t-elle toujours ministre des Outre-mer en avril prochain ou aura-t-elle rejoint Édouard Philippe bien plus tôt dans sa campagne présidentielle ? Le Premier ministre a en effet demandé aux ministres de choisir.
Je vais vous faire la réponse que j’ai toujours assumée.
Je n’ai pas pris la tête de ce ministère, qui est un ministère important et difficile, pour engager des chantiers et les laisser inachevés quelques mois plus tard. Ce n’est pas ma manière de travailler.
Nous avons encore quelques mois utiles devant nous. Et ils comptent. À Mayotte, il faut poursuivre la reconstruction, avancer sur l’eau, le logement, la sécurité et le développement économique. En Nouvelle-Calédonie, nous avons un travail majeur à conduire pour accompagner les évolutions politiques, économiques et sociales. Et partout ailleurs, il y a des engagements à tenir, des projets à débloquer, des décisions à prendre.
Le Premier ministre connaît ces priorités et partage cette volonté d’agir jusqu’au bout. Aujourd’hui, je suis pleinement au travail pour les Outre-mer. Ils peuvent compter sur nous. Je travaillerai donc jusqu’au dernier quart d’heure, aussi longtemps que ce gouvernement tiendra.
Je suis évidemment aussi une femme politique. Je regarde ce qui se passe dans le pays. Tout le monde connaît mon engagement aux côtés d’Édouard Philippe. Je ne l’ai jamais caché et je l’assume pleinement.
Justement, la situation de la droite et du centre est particulièrement tendue à l’approche de la présidentielle 2027 qui aura lieu dans moins de sept mois. Gabriel Attal a indiqué qu’il y aurait un bulletin Attal au premier tour, Bruno Retailleau dit y croire tout autant, et Édouard Philippe creuse légèrement l’écart sans plier le match.
Ne faudrait-il pas appeler les différents candidats à se réunir autour d’une table pour se départager et parvenir à une candidature commune ?
Oui. Et surtout, il ne faut pas attendre.
Je partage avec beaucoup de Français une inquiétude très simple. Regardons les sondages : si chacun part de son côté, la droite républicaine, qui rassemble aussi le centre, peut ne pas être au second tour. Et nous pourrions nous retrouver avec un duel Jean-Luc Mélenchon-Marine Le Pen.
Je ne veux pas de ce choix pour la France.
Je suis convaincue qu’il existe dans le pays une majorité qui ne se reconnaît ni dans l’extrême droite ni dans l’extrême gauche. Une majorité qui veut retrouver de l’autorité, libérer l’économie, récompenser le travail et préserver notre modèle social. Notre responsabilité est de lui offrir une perspective politique suffisamment forte pour gouverner le pays. Si nous arrivons dispersés, nous pouvons avoir les bonnes idées et les bons candidats : nous perdrons quand même. Le rassemblement n’est donc pas une commodité électorale. C’est une nécessité politique.
Mais un rassemblement se construit. Si chacun mène sa campagne de son côté pendant des mois, installe sa candidature, constitue son équipe et consacre son énergie à se différencier des autres, le rapprochement deviendra mécaniquement plus difficile.
Il faut commencer maintenant.
Et je l’ai déjà dit, je ne crois pas à la primaire.
Comment dans ce cas départager plusieurs candidats appartenant au même camp ou à des sensibilités proches ?
Autour d’une table.
La méthode peut paraître simple, mais je la crois plus sérieuse que toutes les mécaniques artificielles. Ils se voient. Une fois, deux fois, trois fois, autant de fois qu’il le faudra. Ils confrontent les projets, regardent les dynamiques, mesurent la capacité de chacun à rassembler, à élargir et, surtout, à gagner.
Puis ils prennent leurs responsabilités.
La politique ne consiste pas seulement à porter une ambition personnelle. Elle consiste aussi à savoir quand l’intérêt collectif commande de la dépasser.
Mais cette discussion doit avoir lieu tôt. Pas en février, quand les candidatures seront installées et que chacun sera allé trop loin pour revenir en arrière. Pour moi, elle doit avoir lieu avant la fin de l’année 2026.
Pendant que nous nous demandons encore qui doit y aller, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, eux, avancent.
À force de vouloir savoir qui sera le premier d’entre nous, nous risquons surtout de découvrir qu’aucun d’entre nous n’est au second tour.
Propos recueillis par Michel Taube pour Opinion Internationale et Opinion Outre-mer



















